Voyage à Courchevel

Voyage à Courchevel 1

1 – Départ du projet

C’était début Juillet, un samedi en fin d’après midi. Moïse était enthousiaste, il avait pris connaissance de la date du rassemblement des pilotes de montagne à Courchevel et il avait bien l’intention de s’y rendre. Il propose à Christian de l’accompagner. Celui-ci accepte sans hésitation. Ils sont partis ensembles à Méribel deux mois auparavant en Cessna 150 et ça les a marqué. C’est surtout qu’avec les gabarits de ces deux là, aller à Méribel en C150, ça relève un peu de l’aventure... Mais voilà, il se pose vite la question du troisième passager. Et là Christian se tourne vers moi, qui suivait la scène, et me demande : " Pascal, tu viens à Courchevel avec nous, c’est le 14 et 15 Août ? " Mes finances étaient dans le rouge à ce moment là car je venais d’aller à Albertville, qui était ma plus belle nav, mais qui m’avait un peu frusté étant donné que j’étais resté aux portes des Alpes sans y rentrer, sans même profiter réellement du paysage à cause de la présence de pas mal de nuages. Je fais un calcul rapide. Je me dis que je vais manger des pâtes pendant un certains temps mais en les agrémentant de diverses manières, ce n’est pas un si grand sacrifice. " J’accepte ! ! "

C’est comme ça que ça s’est fait...

2 – Choix de l’avion

L’aéroclub dispose de deux avions de voyage : un Cessna 172 et un PA 28. A Courchevel, on a pas le droit à la remise de gaz. En entrée de piste, ce sont les sapins et en bout de piste, c’est la montagne. La pente de la piste est de 18,5 %. Soit on se pose normalement, soit on est mort. Avec le PA 28, c’est possible mais les performances en montagne du Cessna 172 sont meilleures. Le choix est vite fait : ce sera le C172 ! Bon ok, il faut juste que je me fasse lacher dessus avant le 14 Août... C’est chose faite en moins de 2h. On pourra donc partir à trois pilotes dont un avec la qualif montagne : Moïse.

3 – Le jour " J "

On est tous là, à l’heure dite 7h30. On prend les NOTAM, rien à signaler de particulier sur la route. On relève la météo : elle n’est pas terrible mais ça s’arrange sur la route, on décide donc de partir. On prépare le C172. Visite prévol : RAS ; il faut rajouter un litre d’huile, on fait le plein de pétrole et on part à 8h. Christian et Moïse ont décidé que ce sera moi qui fera la première étape qui nous conduira à Montceau les Mines. Bon, d’accord. Je prends la direction de Montceau, on stabilise à 2000 ft QNH et on s’aperçoit qu’on croise à 130 kt, on a un sacré vent dans le dos. On arrive vite à Dreux à cette vitesse ! Au moment de changer de fréquence, problème : plus de radio ! ! ? ? pourtant, elle fonctionnait au départ. Mais bon, comme on dit : " Avant d’être mort, il était vivant... ". Nous décidons de faire demi tour. Nous demandons à tout hasard à Merle s’il y peut quelque chose, il nous confirme que non. On regarde l’agenda, à notre grande surprise, le PA 28 est libre. Moïse téléphone à Raymond Auffray. Celui-ci se trouve à Méribel. Il demande à ce qu’on le rappelle à Montceau pour savoir si on peut se poser à Courchevel ou si on devra se poser à Albertville. Sur place, la météo est bonne mais en montagne ça change vite et puis les performances du PA 28 sont réputées pour ne pas laisser de marge en approche finale. On prépare le PA28 et c’est le vrai départ vers Courchevel. Moi, ça m’arrange, je préfère le PA 28...

4 – Conditions météo

La couche est basse. La base des nuages est légèrement au dessus de nous, on se fait un peu secouer et ils n’ont pas l’air épais. Je décide de passer au dessus. A 2500 ft QNH, on est au dessus des petits cumulus matinaux. On retrouve notre vitesse de croisière 130 kt. Passé la TMA de Paris, au travers de Montargis, je monte au niveau 55. De toute façon il faudra y aller pour franchir le Morvan. Je branche le pilote automatique qui suit le VOR d’Autun et je profite pleinement du VFR ON TOP. Je règle l’avion au trim et ça file. Arrivé au niveau de Clamecy, les nuages sont de plus plus en plus fréquents. Je contacte la base d’Avord et leur demande la météo, elle est bonne. Dans le doute, je demande si la couche est soudée, ils me répondent : " épars ". Je continue. Dix minutes plus tard, la couche est soudée... c’est le Morvan. C’est comme le perche en trois fois plus costaud. C’est souvent nuageux mais ça devrait se dégager après. L’avion est pourvu d’un GPS, Christian à un Garming 196 et puis s’il le faut je ferai demi tour pour passer en dessous. Au dessus du Morvan, ça ne s’arrange pas. Nous avons maintenant une couche au dessus aussi et même que les deux couches se rejoignent à certains endroits. Je dévie sur la droite. De toute façon, j’avais pris le VOR d’Autun pour la nav mais Montceau est sur la droite. A l’aide de son GPS, Christian me confirme que je ne suis pas trop à l’écart de la route pour notre destination. Mais ça continue, les deux couches se joignent un peu partout, je suis obligé de dévier encore sur la droite. Au bout d’un certain temps, derrière un cumulus bien développé, je perçois une trouée à mes 9h à environ 7 ou 8 NM. Je prends une pente douce de manière à la passer sans faire d’acrobatie. Du coup, je me retrouve sur la route un peu à gauche pour Montceau mais je recale le GPS et je prends le radial qu’il m’indique. En dessous de la couche, il n’y a pas grand espace entre le sol et la base des nuages et nous sommes à 10 NM de la destination mais la visibilité n’est pas fameuse. On voit le terrain alors que nous sommes à 2 minutes de celui-ci, autant dire à côté. Je fais un passage verticale, je regarde la manche à air et je me pose en 27. Au sol, le temps est beau, on n’est plus dans le Morvan...

Au sol, je réfléchis. Avord m’a communiqué la météo d’Avord pas celle du Morvan, et oui...

5 – Montceau les Mines – Courchevel

C’est Moïse qui fera l’étape suivante, c’est le seul qui est qualifié montagne. Il téléphone à Auffray, celui-ci ne répond pas. Il lui laisse un message et nous repartons. Moi, j’en profite pour mitrailler avec l’appareil photo numérique que m’a prêté ma soeur. Avec le PA 28, on n’a pas une visibilité comme le permet le C172 mais en se mettant en place arrière, c’est mieux qu’en se mettant à la place du copilote. Et puis on peut faire le copilote de l’arrière. Les nuages sont toujours là, un peu partout mais on reste en dessous ou a côté, ça dépend.

On arrive même à trouver nos repères dont certains ne sont pas toujours faciles à trouver....

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Alors qu’à d’autres moments, ils sont plutôt facile à voir.

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Sur la route, Moïse se perfectionne au niveau radio. Il contacte la TMA de Lyon. Et là, c’est un peu comme à Paris, les contrôleurs ne rigolent pas. Moïse signale qu’il monte au niveau 55. Le contrôleur lui répond : " On demande avant de monter ! " et l’autorise à monter. Il rajoute : " Rappelez atteignant ! " " Bien reçu " que Moïse répond, un peu fébrile. La radio c’est pas son truc. A ses débuts aéronautiques et même encore après, on ne s’embêtait pas avec çà. Sauf qu’au fil du temps, la réglementation est devenue plus stricte. Certains ne s’y sont pas mis tout de suite et maintenant, il faut s’y faire, alors il s’entraine.

Après la TMA de Lyon, on passe sur 123,7, c’est la TMA de Chambéry. Le contrôleur nous dit de passer par les points November et Sierra Echo. C’est le moment de sortir le Delage ! Christian consulte la carte d’approche de Chambery et guide Moïse. On survole le lac du Bourget et la météo nous gratifie d’une belle vue sur la piste de Chambéry avec des reflets de nuages sur le lac.

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Moïse respecte les points de transit de la zone, quitte Chambéry et là, il est comme chez lui. On passe le terrain d’Albertville, on prend direction Moutiers. On laisse Méribel sur la droite et c’est Courchevel. En contactant Courchevel, ils nous disent de patienter pour cause de traffic. Moïse fait deux 360 et revient à la charge. Là, le contrôle l’autorise à faire une verticale terrain et à s’intégrer dans le circuit. C’est à 7000 ft que ça se fait, puis il prend un cap à 45° en prenant soin d’éviter les stations de Courchevel et de Moriond. Ensuite, il faut faire une étape de base sous forme de virage continu. Préparation de l’avion : 10° de volet, pompe électrique, à 7000 ft à 80 kt. Une fois dans l’axe, c’est la finale, plein volet, 65 kt. Il faut plonger ! Ne pas se laisser tromper par les illusions d’optiques à cause de cette fameuse pente de 18,5 %. Moïse s’est posé des dizaines de fois à Courchevel ; il nous y pose comme un chef. Arrivé en haut de la plateforme nous descendons de l’avion et là, nous sommes accueillis par le président de la Fédération Française Aéronautique, Claude PENOT, lui-même. Jusque là, je l’avais vu en première page de chaque Info Pilote mais c’est la première fois que je le voyais en vrai.

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Nous visitons les stands organisés dans le cadre de la manifestation, essentiellement des simulateurs pourvus d’écrans géants et des vidéos. Puis nous retrouvons Mr Auffray avec qui nous déjeunons en plein air en compagnie d’environ 200 autres personnes parmis lesquels se trouvent le gratin du monde de l’aviation et des gens comme nous. Christian et moi prenons rendez vous avec Mr Auffray pour faire du double commande le lendemain. Pour ceux qui ne le savent pas, quand il ne fait pas de l’instruction à St André, il est instructeur à Méribel même quand il y est en vacances. C’est plus fort que lui, il aime ça.

Après le repas, Moïse nous propose d’aller à Megève car le temps ne nous permet pas de rendre visite au Mont Blanc, son sommet est dans les nuages. Nous acceptons avec enthousiasme.

6 – Megève

Alors que nous nous préparons pour partir, un avion de voltige arrive à toute berzingue. Il nous fait une démonstration hors du commun qui a impressionné tout le monde. Il s’agit de Jean-Michel Delorme de l’équipe de France militaire de voltige. Il est champion du monde de vol libre. Quand on voit ce qu’il fait, on comprend car personne d’autre n'est capable d’en faire autant. Je peux vous dire qu’en tant que spectateur, la voltige de ce niveau en pleine montagne, c’est vraiment époustouflant.

Après cela, la tour nous donne un créneau pour décoller. Une fois passé la vallée de Courchevel, on arrive dans le Beaufortain. C’est un endroit que je connais bien pour m’y être rendu une douzaine de fois en vacances chez mon oncle. J’ai fait toutes les randonnées du coin, autant dire que je connais toutes les montagnes. On passe à la verticale d’Arêche avec le Grand Mont et le lac de St Guerin à l’est. Les Saisies sont à gauche puis c’est le Cormet de Roselend. On franchit quelques cols puis on se pose à Megève. Ici, Moïse connait tout le monde, c’est là qu’il a passé sa qualif. Au sol, un mousquetaire, l’avion de Montagne par excellence. On va voir de plus près un motoplaneur basé là. Nous discutons avec son propriétaire. Nous apprenons qu’il fait 115 CV pour 840 kg et qu’il se rend régulièrement au Mont Blanc. En fait, il a mis sur pied sa propre compagnie aérienne dont il est le seul employé et il emmène des clients jusqu’au Mont Blanc. Je dois bien avouer que je l’envie un peu.

Nous prenons un verre et nous repartons en prenant une route légèrement différente, ce qui me permet de faire de meilleures photos.

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7 – Retour à Courchevel

Nous descendons les bagages de l’avion, il s’agit de trouver la navette pour se rendre à l’hôtel. Pas la peine, quelqu’un nous y emmène très aimablement. Il ne connait pas Evreux. Disons qu’il ne connait que la chanson de Vincent Delerme qui s’appelle "Evreux ". Il cherche un peu et nous la fait écouter. A l’arrivée, on nous prévient qu’il y a un cocktail à la salle des congrés. Nous nous y rendons après avoir déposé nos bagages dans la chambre.

Le président de la fédération s’exprime. Il parle des menaces qui pèsent sur l’aviation de loisir sans pour autant noicir le tableau. Il passe la parole au maire de Courchevel. Celui-ci est enthousiaste vis à vis de ce rassemblement. Il prévoit même, en collaboration avec la fédération, d’augmenter sa résonance en l’organisant le même jour que le plus grand concours de saut à ski d’Europe, début Août. A l’entendre, la plateforme de Courchevel à l’air d’avoir de beaux jours devant elle.

A la suite de ces discours, nous rencontrons Mr Nano Chappel. C’est quelqu’un de la trempe d’un Frison Roche pour le vol en montagne d’après Bernard Chabbert. Mr Chappel a été un des membres fondateurs de la plateforme de Méribel et en a été le président pendant plus de 30 ans. Il a été instructeur montagne évidemment, Commandant de bord à Air France et a écrit plusieurs ouvrages notamment sur le vol de montagne. Il nous raconte quelques anecdoctes dont le passage en 707 dans la vallée de Méribel. Un fantasme réalisé dont les habitants se souviennent encore. Son accident bête aussi auquel il a survécu grâce à sa "santé de paysan Savoyard" comme il dit. Il y a beaucoup de gentillesse et d’humilité dans son regard.

Pendant le repas, nous sommes assis à côté de l’équipe de France de Voltige militaire. Christian demande à Jean Michel Delorme comment celui-ci fait ces fameuses " galipettes " avec son avion ; " Manche à droite, pied à gauche " mais son avion, un Cap 232 est un peu spécial, qu’il nous dit. On veut bien le croire.

Le repas se passe, nous faisons un petit tour dehors, histoire de faciliter la digestion et nous nous retrouvons au bar de l’hôtel pour prendre un cognac, c’est pour la digestion aussi...

8 – Meeting aérien

Le lendemain, nous avons droit à un meeting aérien. La patrouille REVA, celle du club du Dauphiné : trois DR 400 qui volent en patrouille, un Beechcraft à l’ancienne : un biplan avec moteur en étoile puissant, bien équipé.

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Un Bell 214, comme dans "Apocalypse Now" avec son bruit caractéristique. Il est piloté par James Terrier, le Monsieur hélicoptère de la vallée d’Albertville. En effet, il fait tout ce qui se fait par hélicoptère en montage : larguage de parachutistes, secours, lutte contre les incendies ; il travaille aussi sur les chantiers pour la construction des remontées mécaniques ou autres.

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9 – Le retour

Aujourd’hui la météo est impeccable. Ciel bleu, la visibilité est de quelques centaines de km.

A Montceau les Mines, à 3500 ft, je voyais encore le Mont Blanc... ça fait 210 km.

C’est Moïse qui fait la route de Courchevel à Montceau les Mines. Il a tendance à confondre avec Macon mais avant de quitter Chambéry, il précise bien que nous allons à Montceau.

Avant de faire le changement de pilote, nous demandons la météo. La météo de 18 h nous indique des orages sur la Manche. Sauf que nous allons arrivé vers 20 h. Les vents sont faibles, nous devrions arriver avant que ça se gâte.

Le vol se déroule sans accroc. Je sens que Christian n’a pas grand chose à faire ; l’avion est stable ; je me dis autant s’occuper. Je lui dis : "si t’as rien à faire, t’as qu’à prendre des flanquements de VOR pour les prochains waypoints." Je les avais relevés, alors je lui transmets. En même temps on branche le GPS de l’avion. Je lui explique le fonctionnement du pilote automatique et on contacte Paris Info. Comme ça, il trouve le vol un peu plus passionnant. J’ai même l’impression qu’il apprécie davantage le PA 28 qu’au départ.

Arrivés au niveau de Dreux, des éclairs nous accueillent. Les orages ont été un peu plus vites que nous le pensions. Nous traversons une petite averse, rien de bien méchant et nous nous posons vers 20 h.

Voilà un week-end inoubliable. Riche d’enseignements et de rencontres, sans oublier tout ces paysages fabuleux que la montagne et la météo nous ont offert. Expérience à renouveler.

The End