Saut en parachute

Saut en parachute 1

Du camping "Le clos fleuris" à Médis, c'est là que ma sur Sylvie, Jean-Charles, Antoine et Elisa m'ont donné rendez-vous, on l'entend passer toutes les demies heures quand il fait beau. Il a un bruit reconnaissable car il descend à fond les patates tout au ralenti mais de par la pente de descente qu'il adopte pour faire au plus vite pour embarquer des sky-flyers surmotivés on le repère très vite. Le rendez vous est pris, je peux le voir de près.

C'est un gros bourdon de 20 m d'envergure, 4,60 m de haut et 12 m de long avec une double queue qui lui confère une allure rustique. Je me dis que s'il est vieux comme avion, c'est qu'il a fait ses preuves. Je me suis renseigné, la conception de cet avion date des années 40.

Saut en parachute 2

J'attends qu'on m'appelle pour assister au briefing. Le moniteur s'appelle DMH, comme Daniel Michel, le H pour son nom. Il n'est pas pressé, il fait a tous les jours et le saut en tandem, ce n'est pas ce qu'il préfère mais le voilà qui arrive le dernier alors que je me demandais si j'allais bien embarquer dans le skyvan n°11. Cela fait 3 ans et 3 heures que j'attends, personnellement je suis prêt. Le briefing est cours, on va directement à l'essentiel, on part dans 10 minutes.

Voilà le bourdon qui arrive, il se tourne sur le tarmac pour que l'on puisse monter à l'intérieur sans s'approcher dangereusement des hélices qui tournent à une vive allure même au ralenti. Je vois la soute je saute dedans le premier, je sortirai le dernier.

Saut en parachute 3

Je m'installe et pendant qu'on se rend au bout de la piste j'essaye sans succès de regarder par le hublot car celui-ci est trop haut. DMH se rend compte de ma déception, il me dit que je pourrai, une fois en l'air et à une altitude suffisante, m'asseoir sur une marche juste derrière le pilote, ce qui me permettra de regarder par le hublot, juste à proximité du moteur gauche qui ronronne régulièrement avec ses 715 chevaux.
J'en ai plein la vue. On est parti de l'aérodrome de Royan et pour gagner de l'altitude on survole l'estuaire de la Gironde, région que je découvre donc vue de haut, c'est magnifique... La mer s'étend au loin mais bien qu'il fasse un temps splendide, la présence de brume nous empêche de profiter pleinement du panorama que l'endroit est susceptible de proposer. Mais c'est déjà pas mal du tout.

Saut en parachute 4

J'ai la chance d'être derrière le pilote alors j'en profite pour regarder le tableau de bord. Je me contorsionne car je suis assis et je n'ai pas trop le droit de bouger dans tous les sens, de me lever, DMH n'aime pas a les excités qui n'arrêtent pas de bouger. Nous sommes à une vitesse de 90 nuds (165 km/h) avec une pente ascendante de 1000 pieds/min, c'est à dire, 300 m/min. Le pilote est décontracté. Ah ! si j'étais à sa place je le serai aussi.
Je jette un coup d'il sur Stéphanie qui, comme moi, va sauter pour la première fois, elle a l'air détendue aussi, tout va bien, les autres ont l'air de se concentrer sur leur saut car ils s'exercent pour faire des figures en l'air, a rigole pas trop ! On est une bonne vingtaine dans la soute.

Saut en parachute 5

La montée dure environ 17 min, cela nous permet d'arriver à 4200 m ; l'avion se stabilise avec une assiette horizontale pour la première fois depuis qu'on a décollé, la porte arrière de l'avion s'ouvre. Je crois que c'est l'heure, je m'avance doucement avec DMH dans le dos qui me serre de très près, c'est mieux ainsi, j'essaye de ne pas lui marcher sur les pieds pour la 3ème fois, il est en tongues et il va finir par s'énerver.
J'ai les pieds sur le bord et franchement je suis content d'être là avec la terre 4000 mètres plus bas, ce n'est pas souvent qu'on peut se retrouver dans cette situation. Jusqu'à présent, je ne pouvais pas quitter le siège avant des avions car en général je pilote, je suis pilote privé.
Les mains sur le harnais, les jambes légèrement pliées, la tête en arrière DMH dit calmement "In Out" et c'est la chute libre la tête la première...

On fait un salto et je vois l'avion qu'on vient de quitter, il est déjà loin. C'est mon meilleur  souvenir visuel.
DMH sort le stabilisateur, me donne un coup de pied sur les jambes car je n'ai pas respecté ce qu'il m'avait dit lors du briefing. Je suis complètement absorbé par ce que je vois et ce que je ressens, "il faut plier les jambes". Le coup de pied me rappelle la simulation qu'on avait faite dans le hangar à plat ventre sur la moquette et je les laisse aller naturellement plier par le frottement avec l'atmosphère qui est, pour quelques minutes, mon support. Puis il me tape sur les épaules : cela signifie que je peux étendre les bras, je m'exécute, je fais coucou à la caméra qui est à un mètre devant moi, je regarde autour de moi, je suis bien, très bien...

Saut en parachute 6

La notion du temps est différente, on a envie que a dure indéfiniment mais DMH est là qui surveille l'altimètre accroché comme une montre à son poignet. Il ne me prévient pas, il ouvre le parachute, le freinage est brutal mais supportable ; en revanche je vois le caméra man s'éloigner à une vitesse vertigineuse.
Plus de bruit, le calme absolu, on peut même parler si je m'exprime en direction de DMH. Celui-ci me décrit la région : Royan, La Palmyre, Soulac de l'autre côté de l'estuaire, etc...
Il me passe les commandes et j'entame des petits virages, histoire de voir comment a réagit ces choses là. En fait, il faut tirer fort, ne pas hésiter. Je lui dis que je me sens bien, que la 3ème dimension c'est mon élément et qu'il peut me faire vivre un minimum de sensations fortes. Il reprend les commandes et exécute des virages à forte inclinaison qui nous font vite perdre de l'altitude mais c'est bon. On se rapproche du point d'impact, il tourne, retourne, se rapproche inexorablement vers la cible, on touche terre à 30 cm de la cible, autant dire qu'on est juste dessus.

Pourtant quand on a ouvert le parachute on était relativement loin de cette cible mais c'est comme la vie, ce n'est pas parce que l'objectif est loin qu'on ne va pas l'atteindre. Au contraire, il faut prendre conscience que nous disposons d'une voilure qui s'acquière avec l'expérience et celle-ci nous permet d'évoluer comme nous le souhaitons ou presque.

Pascal Gastine

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